01.05.2006
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27.02.2006
Bolivie por siempre : La vie sur les plateaux andins

« La tragedia en la vida no reside en no poder lograr nuestros suenos, la tragedia consiste en no tener estrellas que alcanzar. »
Miguel Angel Cornego

Je souhaite en premier lieu saluer très chaleureusement tous les participants bénévoles de l’association WARITA qui anonymement font avancer chaque jour la cause humanitaire, et qui m’ont permis par leur enthousiasme communicatif de continuer cette étude dans des conditions physiques et morales éprouvantes.
Je tiens à remercier du fond du cœur les villageois boliviens qui nous ont si aimablement accueilli, hébergé et nourri alors qu’eux-mêmes ne mangeaient pas tous les jours à leur faim.
Merci aussi à tout le personnel de l’Ambassade de France en Bolivie et du Poste d’Expansion Economique pour leur dévouement sans faille pour m’épauler dans mon étude, tout particulièrement Anne-Sophie LEROY et Nadine TEILLARD.
Je remercie aussi les autorités de surveillance boliviennes et notamment Monica LEMAITRE LEANO de la Superintendancia de los Bancos y Entidades Financieras pour sa patience face à un interlocuteur ne parlant pas très bien espagnol. Je tiens à saluer leur dévouement à la cause bolivienne avec des moyens financiers très restreints.
Merci encore à M. MORISSON, Directeur à la Commission Bancaire, pour m’avoir si judicieusement conseillé sur les questions financières relatives au micro-crédit.
Merci enfin à tous les intervenants boliviens et français qui ont été parties prenantes de ce projet d’étude et à mes proches qui n’ont jamais douté qu’humanitaire et économie puissent être complémentaires.
Merci Hélène pour ta patience et ta compréhension.
Je dédie cet article à tous ceux qui par leur travail, leur enthousiasme et leur persévérance aident à lutter contre l’ethnocentrisme.
INTRODUCTION GENERALE
« La Bolivie est un pays capitaliste sous-développé. A l’intérieur de l’amalgame des différents stades économiques domine l’exploitation capitaliste coexistant avec les formations économiques et sociales héritées de notre histoire. »
Guillermo Lora

Tout d’abord il n’est pas inutile de re-situer la Bolivie dans sa géographie, tout simplement car ce pays tranquille, le plus pauvre d’Amérique Latine, est resté, et reste encore, à l’écart des flux mondiaux de la finance et des marchandises. Il n’est donc pas vraiment connu par le grand public.
La Bolivie, anciennement le Haut Pérou, a été le berceau de la civilisation Tihuanaco. Manco Kapac l'incorpora à l'empire Inca. Conquise par Pizarro, elle passa sous domination espagnole en 1538. Elle doit son nom à Simon Bolivar qui rédigea lui-même sa constitution en 1825.
La Bolivie est grande comme deux fois la France, sa superficie est de 1 098 581 Km2 et sa population atteint 10 070 000 habitants. Limitée par la Cordillère des Andes à l'Ouest, l'Amazonie à l'Est, elle n'a pas d'accès à la mer, elle a perdu la moitié de son territoire au cours de nombreuses guerres contre ses voisins.
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Elle a une frontière commune au Nord et à l'Est avec le Brésil, à l'Ouest avec le Pérou et le Chili et au Sud avec l'Argentine et le Paraguay. Elle est traversée par deux chaînes de montagnes, la Cordillère Orientale et la Cordillère Occidentale.
En Bolivie, on distingue trois régions géographiques très marquées : le Haut-Plateau, les Yungas et les Plaines Orientales dont la diversité géographique n’égale que la diversité culturelle de ce pays.
Le Haut-Plateau de l'Altiplano est le plateau le plus élevé du monde après le Tibet, avec une altitude moyenne de 3800 mètres. Les points culminants sont l'Illimani (6 882 mètres), le Parinakota (6 873 mètres), l'Illampu (6 485 mètres), le Pomorape (6520 mètres), le glacier Sajama (6 250 mètres). C'est sur ce plateau que se trouvent les villes de La Paz, Oruro et Potosi ainsi que le lac Titicaca entre le Pérou et la Bolivie et le lac Poopo.
La région des Yungas commence sur les contreforts de la Cordillère Orientale d'où s'amorcent plusieurs vallées. C'est une région fertile dont l'activité est essentiellement agricole. On y trouve les villes de Cochabamba, Sucre et Tarija.
Enfin, les plaines Orientales au climat tropical, elles couvrent plus de la moitié du territoire. C'est dans cette région, difficile d'accès, que s'implantèrent les Jésuites jusqu'à leur expulsion. Cette région est traversée par plusieurs affluents de l'Amazone : le Madre de Dios (1500 Km), le Beni, le Guapore (1700 Km) et par les fleuves qui coulent vers le Sud : Le Pilcomayo (1500 Km), le Paraguay (2500 Km). La ville principale de cette région est Santa Cruz.
La Paz, à 3800 mètres, est la capitale administrative et politique, sa population est de 1 189 032 habitants. Sucre (146 521 habitants) est la capitale constitutionnelle, puis viennent Santa Cruz, Cochabamba, Oruro et Potosi.
Le climat en Bolivie varie beaucoup selon qu'il s'agisse de l'Altiplano, où l'altitude moyenne est de 3 800 mètres, ou des vallées profondes au climat tropical. La Saison sèche et froide va d'Avril à Octobre, celle des pluies de Novembre à Mars. À la Paz, la température moyenne est de 10°, celle de Sucre de 12°.
Depuis 1977, il existe trois langues officielles en Bolivie:
• l'Espagnol
• le Quechua
• l'Aymara.
La Bolivie est une République Constitutionnelle, le Président est élu au suffrage universel. La monnaie est le Peso Bolivien.
La Bolivie produit de la canne à sucre, du maïs, du riz, du coton, de la banane, du café, de la quinoa et, bien sûr, de la coca. Cette dernière se cultive légalement dans les vallées des Yungas, pour l'usage traditionnel, avec interdiction de la transformer en cocaïne. Toutefois, elle est cultivée illégalement dans la région du Chapare.
Socialement et sociologiquement la Bolivie présente une diversité impressionnante. La population indienne représente 60% de ses 10 millions d’habitants et il faut bien le dire, les minorités qui la composent sont souvent les laissés pour compte du développement du pays.
Dans la plupart des villages que nous avons visité la majorité des villageois ne parlaient ni ne lisaient l’espagnol. Difficile dans ces conditions de s’intégrer à la vie politique du pays, quand pour tout horizon on n’a que les champs à cultiver et la crainte de l’hiver qui arrive.
Les infrastructures de transport du pays, même si elles se développent lentement, restent embryonnaires ne se limitant qu’à raccorder (souvent par la piste) les principales villes du pays. D’ailleurs en Bolivie il est inutile de compter les distances en kilomètres , on les comptabilise en temps.
C’est donc dans ce pays multi-ethnique et multi-culturel qu’avec l’association humanitaire WARITA (http://www.ifrance.com/warita/), nous nous sommes concentrés sur l’aide à apporter à un groupe de 5 villages situés sur l’altiplano. Mon étude ne prendra donc en compte que les spécificités socioculturelles et économiques de cette région.
Ce projet reprend les grandes lignes d’une étude de faisabilité qui constituent l’architecture et le plan de ce mémoire. Il s’agit tout d’abord d’expliciter la méthodologie et les outils choisis et retenus qui vont permettre de mener à bien l’enquête de recensement des besoins des populations étudiées, ainsi que le recensement des contraintes géographiques et financières pesant sur ces villages. Après analyse de ces données, il faudra choisir la technique d’électrification la plus adaptée en fonction des financements disponibles et de la difficulté pour les populations à intégrer cette technologie pour assurer la réussite du projet bien après sa phase de lancement.
Cette étude ne se veut en aucun cas exhaustive sur les solutions à apporter aux communautés paysannes (campesinos) qui ont participé à ces travaux, elle ne prétend pas non plus être la meilleure solution à envisager pour l’association WARITA. Mais elle se veut comme une pierre à l’édifice de l’aide humanitaire en apportant une vision perçue encore souvent comme iconoclaste et qui associe sans honte l’humanitaire à la sociologie et à l’économie. Comme telle, cette étude doit être perçue comme un outil d’aide à la décision, élaboré dans un esprit résolu d’indépendance, et servir de base de réflexion pour l’action humanitaire.

PARTIE I : REFLEXIONS METHODOLOGIQUES.
Chapitre 1 : Construction et mise en place de l’objet d’étude.
A- La constitution du thème de l’étude.
L’objet de recherche n’apparaît pas brusquement. Loin d’être le fruit du hasard, il est le résultat de la conjonction de multiples facteurs qui forment une histoire personnelle. En effet, le choix du thème de ce travail d’étude prend sa source dans un intérêt, déjà ancien, pour le fait sociologique et une curiosité bienveillante pour l’action humanitaire.
De part ma formation en économie et mes voyages dans quelques pays en développement, je m’étais déjà demandé si l’on pouvait dissocier l’aide humanitaire des contingences économiques que devaient supporter ses pays, en premier lieu dans leurs relations internationales avec le reste du monde, notamment en ce qui concerne la sphère marchande et financière.
A partir de ces réflexions certaines initiatives m’ont semblé digne d’intérêt : Il s’agit de l’expérience de la GRAMEEN BANK au Bangladesh permettant à des communautés paysannes de s’affranchir du recours aux usuriers en ayant des interlocuteurs au fait des problèmes de développement dans les régions pauvres (souvent des Organisations Non Gouvernementales) et pouvant leur prêter des fonds pour réaliser des petits projets permettant le développement de leur communauté (micro-crédit). Il s’agit aussi de l’expérience du commerce équitable qui permet aux petits producteurs dans les pays en développement d’être rétribués à leur juste prix, en leur permettant de continuer à cultiver leurs terres et d’éviter ainsi qu’ils n’aillent grossir le rang des habitants des bidonvilles. Ces deux exemples étant une illustration de l’interrelation entre le champs de l’économie bien comprise et de l’aide humanitaire. Cela permet en outre, et c’est sans doute la plus grande valeur, la responsabilisation des personnes aidées qui se substitue à l’assistanat stérile et infantilisant tel que l’on a pu le pratiquer souvent en toute bonne foi.
Au cours de mon cursus de maîtrise sous la direction de Brigitte Gaudot, très impliquée elle-même dans le commerce équitable, j’ai rencontré Evelyne THUAULT, Présidente de WARITA qui m’a donné l’opportunité de suivre les travaux de son association sur le terrain en Bolivie en étant d’accord sur une étude de projet concernant l’électrification de plusieurs villages et sur les financements potentiels pour le réaliser.
Je suis donc parti sur le terrain, en Bolivie, pour mener à bien cette étude. En effet « voir de l’intérieur est ce qui m’attire le plus » dans l’optique de pénétrer pour mieux appréhender. Je n’ai donc pas l’intention de nier « m’être personnellement et fortement impliqué dans cette enquête » pour reprendre les termes de S. BEAUD et F. WEBER. D’ailleurs si j’en crois leur expérience, cette implication est souhaitable pour l’investigation sociologique des communautés et l’appréhension en amont de leurs besoins. C’est en raison de cette implication personnelle que j’ai souhaité travailler sur ce sujet dans le cadre d’un mémoire, et c’est cette même implication qui a été une incontestable garantie de motivation au fil des mois.
- Délimitation du champs d’investigation et du terrain.
Il n’était évidemment pas question pour moi de réaliser une enquête sur les besoins de ces villages concernant l’électrification en interrogeant l’ensemble des personnes. Afin de s’assurer de la faisabilité du projet, il convenait de définir les interlocuteurs les plus représentatifs des communautés étudiés. J’ai donc volontairement limité le recensement des besoins aux chefs de village et superviseurs d’un groupe de villages, et aux personnes parlant espagnol qui jouaient un rôle social important dans la vie du village, en l’occurrence les instituteurs.
Le travail avec les enfants a été aussi très important dans la mesure où ils parlaient espagnol et qu’il était beaucoup plus aisé de nouer un bon contact sans se heurter au mur de méfiance qui entoure un groupe d’européens venus dans des villages oubliés. De plus, de part nos bons contacts avec les enfants nous avions un « feed-back » sur les réactions des parents à nos actions et propositions de développement, réactions qui en face à face avec les adultes étaient occultés par des considérations d’ordre politique (être ou ne pas être d’accord avec le chef du village selon que l’on veuille ou non bien se faire voir) et économique (voir les bénéfices individuels à retirer avant de penser à ceux de la communauté) .
Ensuite j’ai préféré travailler sur deux sites (2 villages) pour éviter les pertes de temps dues aux redondances de l’enquête pour des milieux géographiques et sociaux relativement homogènes et me libérer du temps pour travailler sur les parties techniques et réglementaires.
Je me suis donc concentré sur les villages de Milli Milli et Isquialiani situé à environ 8 heures de piste de la ville de Patacamaya sur l’Altiplano. Je suppose que les solutions qui peuvent se dégager pour ses deux villages peuvent sans trop d’adaptations convenir aux 3 autres villages.
B- L’objet du projet d’électrification.
L’objectif de cette étude de faisabilité est d’apporter un ensemble de données susceptibles de permettre à court ou moyen terme de définir un plan d’action détaillé et d’engager les actions permettant l’électrification de ces communautés. Ces données doivent permettre de cerner de la manière la plus objective qui soit, les besoins et les attentes des communautés vis à vis de l’énergie électrique en prenant soin de valoriser le bien-être de ces communautés et non pas d’un groupe d’individus.
Ce projet doit aussi permettre de trouver les moyens d’impliquer très fortement les individus dans ces actions à caractère humanitaire et à développer chez eux un savoir-faire tel qu’ils puissent être autonomes techniquement et financièrement pour assurer l’entretien des équipements. Comme j’en parlerai dans la partie consacrée aux aspects techniques, beaucoup de projets financés par des fonds caritatifs sont détournés à des fins personnelles ou tombent en désuétude par manque d’entretien et de suivi (manque d’implication de la communauté aidée ou manque de connaissances techniques pour effectuer des petites réparations).
Pour mener à bien l’enquête préalable de recensement des besoins j’ai tenté d’apporter des éléments de réponse à ces quatre questions concernant ces villages :
- Quel est leur profil sociologique ? (âge moyen, sexe, situation de famille, lieu de vie, les études, la profession, l’identité religieuse etc.).
- Pourquoi veulent-ils l’électricité alors que jusqu’à présent ils vivaient sans ? (en tentant de distinguer besoins exprimés et non exprimés, besoins convenus et attentes réelles).
- Quelle est leur réelle motivation pour avoir l’électricité, c’est à dire quel sera leur degré d’implication vis-à-vis du projet et de son suivi (au niveau personnel et financier) ?
- Quels pourraient être les changements négatifs sociaux et économiques que l’électricité apportera à leur façon de vivre ? L’équilibre social pourrait-il être remis en cause, ce qui entraînerait une refonte du modèle d’entraide villageoise sur lequel est fondé l’organisation de ces villages ?
Chapitre 2 : Outils méthodologiques et pluralités des techniques.
A- Une démarche résolument sociologique (voire ethnographique).
Non seulement je ne pense pas avoir les compétences nécessaires à l’analyse statistique et informatique d’un millier de questionnaires (nombre pertinent pour une approche quantitative digne de ce nom); mais le temps imparti (quelques mois) et la nature du sujet abordé m’ont convaincu de l’inadaptation d’une approche quantitative.
Les moyens employés ici viennent largement confirmer ce caractère qualitatif puisque les données récoltées l’ont été via des entretiens semi-informels et informels, une période de 3 semaines consacrées à l’observation participante ; le tout affiné par un complément d’information sous forme de questionnaire (préparé en collaboration avec une étudiante en médecine).
En effet, pour comprendre qui étaient ces personnes, pourquoi elles mettaient en avant certaines attentes vis à vis de l’électricité et ce que cela impliquait socialement, je reste convaincu que seul ce type d’approche résolument ethnographique pouvait apporter une profondeur aux éléments de réponses. Car ici, non seulement la population d’enquête est numériquement restreinte mais elle est aussi géographiquement délimitée.
De plus, la venue d’étrangers occidentaux en nombre (une vingtaine de participants) dans ces communautés retranchées engendre une méfiance naturelle à leur égard. Certains villageois ont même pensé que nous faisions des études pour ensuite acheter les terres et nous approprier « les richesses » de ces villages. Il a donc fallu rassurer, communiquer et échanger pour faire tomber ce mur de défiance. Ajoutons aussi que des questionnaires pour des populations lisant mal, voire pas du tout, l’espagnol n’est pas la méthode la plus efficace pour mener ce travail.
J’ajoute cependant que ce travail de compréhension sociologique requière une certaine distanciation vis à vis des individus observés, distanciation qui a pu être opérée grâce au groupe de bénévoles. Cela m’a permis de ne pas être dépassé par les situations de détresse physique et morale que l’on rencontre, et de continuer mon travail sereinement.
B- L’observation participante et les conditions de l’observation.
L’observation participante m’est apparue comme la seule méthode d’observation et de recensement recevable, même si physiquement et moralement cela ne fut pas toujours facile. J’y ai consacré une grande partie de mon temps alloué (3 semaines) en séjournant avec les autres membres de l’association dans les villages où nous étions logés dans les églises. J’ai participé à la vie du village, participé à des travaux manuels avec les autres villageois (reconstruction des écoles), joué avec les enfants et les adolescents. Il m’a semblé important de pénétrer à l’intérieur du style de vie de ces villageois pour m’imprégner de leurs désirs, de leurs craintes et de leurs espérances devant l’avenir.
Rien de tel que l’observation participante pour créer une relation de confiance entre les individus observés et soi-même. Elle diminue considérablement la méfiance et facilite les contacts. L’enquêteur (ou le bénévole) n’est plus un individu qui débarque quand bon lui semble en exigeant une grande disponibilité afin de pouvoir boucler sa recherche le plus rapidement possible. Il devient presque un membre de la communauté, ou du moins sa présence n’est plus perçue comme une pénétration exogène et agressive dans leur sphère sociale.
Pour étudier en profondeur, je crois qu’il est indispensable de partager le quotidien de ceux que l’on aspire à connaître, à comprendre et à aider.
C- Les entretiens.
Il faut bien admettre que les entretiens sont dans une étude de faisabilité une phase considérée bien souvent comme obligatoire et indispensable à la réalisation d’une étude de faisabilité. Dans mon cas, sans être une fin en soi, ils représentaient un moyen indiscutable de vérification et d’approfondissement des faits observés auparavant. Tout en corroborant l’observation participante, ils représentaient une source précieuse de collecte d’information.
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- Les entretiens semi-directifs :
Les entretiens semi-directifs (environ une douzaine) m’ont permis après prise de rendez-vous de pouvoir questionner les participants selon un questionnaire précis que j’avais établi à l’avance. Je m’en suis servi pour questionner les autorités boliviennes et les parties impliquées dans ce projet (entreprises, personnel de l’Ambassade de France, etc.). Ces entretiens sont très efficaces car ils offrent l’avantage de laisser à l’interlocuteur un champs de communication assez large tout en restant focalisé sur le sujet et le travail à faire.
- Les entretiens informels :
Les entretiens semi-directifs ne sont pas les seuls entretiens que j’ai pu avoir dans le cadre de mon travail. On peut même les considérer comme la partie visible de l’iceberg si on les compare quantitativement avec les entretiens informels. Ces derniers ont été si nombreux et fructueux qu’il m’est impossible de les quantifier. Je mets aussi dans cette catégorie toutes les discussions que j’ai pu avoir avec des personnes (membres de l’association, professeurs boliviens, responsables boliviens de l’administration, personnel de l’Ambassade de France…), en relation avec mon étude et qui m’ont apporté soit de précieux conseils soit des informations pertinentes.

PARTIE II : L’ANALYSE DES DONNEES RECUEILLIES.
Introduction.
Après avoir exposé la méthodologie appliquée à ce projet, je vais définir le profil socio-culturel type des populations habitant ces villages. Ce profil est important à appréhender dans la mesure où il permettra de tirer des conclusions sur les avantages et limites de certaines technologies. Il permettra en outre de se faire une première idée sur la capacité de ces populations à intégrer et à s’approprier une technologie donnée, et par là même, sur sa propension à rester impliquée avec l’association WARITA sur le long terme.
A- Le profil sociologique des populations étudiées.
J’aborderai dans cette partie les items suivants : le sexe, l’âge, la situation de famille et le lieu de vie, les études et la profession, enfin les croyances religieuses.
Le sexe.
Il apparaît dans les 2 villages servant d’échantillon à mon étude (Milli-Milli et Isquiliani) que la proportion d’hommes au sens large (jeunes garçons, adolescents et adultes) est relativement bien plus élevé que celui des personnes de sexe féminin. Bien que cela semble paradoxal, on ne peut avancer que des hypothèses pour expliquer un tel déséquilibre. Le première explication qui m’a été donnée par des gens du village devant mon étonnement, est que les jeunes filles dès qu’elles le peuvent, préfèrent aller en ville pour s’y marier. Cette hypothèse semble tout à fait plausible dans la mesure la France elle-même avait connu ce phénomène de désertification des campagnes avec des causes identiques. De ce fait les jeunes hommes qui restent au village ont de grandes difficultés pour trouver une femme en âge de se marier. Une autre hypothèse serait aussi qu’un garçon peut très jeune (vers 7-8 ans) aider aux travaux agricoles. De ce fait, comme dans nombre de régions rurales de pays en développement, les familles sont plus attachées à garder en vie un petit garçon qu’une petite fille surtout dans les premiers mois de la vie. Il faut rappeler qu’en Bolivie la mortalité infantile est très forte (75 pour mille en moyenne, et certainement des taux impressionnants dans les régions rurales où il n’y a pas d’hôpital à moins d’un jour de route – El Deber, Domingo 26 de Agosto 2001 - ). D’ailleurs il faut savoir que dans ces villages la coutume veut qu’on ne donne pas de nom à un enfant avant l’âge d’1 an, âge à partir duquel on peut estimer que les chances de survie des bébés augmentent sensiblement.
L’âge.
Dans les 2 villages étudiés, il apparaît très clairement que les enfants sont nombreux, et représentent la partie la plus importante de la population. Le taux moyen de fécondité en Bolivie est de 5 enfants par femme en âge de procréer (El Deber, Domingo 26 de Agosto 2001 -). Après plusieurs entretiens avec des femmes du village, je pense que le taux de fécondité devait être proche du taux moyen national (entre 4 et 6 enfants). Je signale qu’une mère de famille avait 11 enfants. Ceci reste exceptionnel même au yeux des villageois boliviens. On peut donc estimer que la proportion des moins de 20 ans au sein de la population de chaque village est supérieur à 50 %.
Situation de famille et lieu de vie.
Les villages sont constitués d’une dizaine de familles étendues chacun. Au sein d’une famille les solidarités inter-générationnelles sont très fortes. Le modèle matriarcale est très classique : Les hommes s’occupent des travaux agricoles et d’artisanat et les femmes s’occupent des tâches ménagères ou de tenir une petite échoppe quand il y en a une. A ce sujet j’ai constaté que faire la cuisine prend souvent la journée entière. Les femmes s’occupent du repas de midi dès leur lever. Les conditions de vie sont difficiles, surtout sur l’altiplano où la température descend très bas la nuit. Les habitations ne possèdent souvent qu’une pièce commune où toute la famille vit, mange et dort. L’hygiène est souvent inexistante. Les villages les plus organisés possèdent des latrines communes que tout le village utilise. Un autre élément, extrêmement important est que l’échange et le troc sont très utilisés. Les villageois ne possèdent que très peu d’argent liquide et il faut le rappeler aucun compte bancaire. La plupart des transactions se fait entre eux par des promesses orales d’entraide ou un échange de marchandises. L’argent liquide est thésaurisé pour les échanges avec des parties étrangères n’appartenant pas au village (achats en ville ou avec les autres villages). Ainsi en règle générale le mode de vie est traditionnel, voire archaïque, et peut sans doute se rapprocher à celui de la France d’avant-guerre.
Le niveau d’étude et la profession.
Bien que tous les villageois soient plus ou moins liés avec la vie agricole, il apparaît une profonde césure entre les jeunes générations et les anciennes, et même entre les enfants et les adultes. Les enfants, grâce à l’école primaire, parlent et comprennent à peu près l’espagnol. Certains le lisent et l’écrivent. Quant aux adultes beaucoup ne parlent pas l’espagnol (langue officielle) et il est très difficile de converser avec eux en dehors de l’Aymara. La plupart n’ont jamais quitté le village et ses environs et ne connaissent rien de la vie en dehors de leur communauté. Beaucoup ne savent pas qu’en Bolivie il peut faire très chaud (surtout en Amazonie) et que dans la région de l’Oriente les agriculteurs utilisent des tracteurs pour leurs travaux agricoles. Pour schématiser on peut dire que les adultes n’ont jamais connu l’école, alors que leurs enfants y vont quelquefois quand les travaux agricoles ne prennent pas le dessus sur la scolarité. A noter que l’absentéisme scolaire est extrêmement élevé et que les instituteurs ne peuvent rien y faire.
Les croyances religieuses.
Dans ces communautés paysannes, et bien que catholiques (en Bolivie 99.9 % de la population est catholique), le catholicisme est allègrement mélangé à d’innombrables rituels souvent sacrificiels (On sacrifie pour toute occasion avant généralement de boire à outrance). Chaque village possède une église mais qui n’est jamais utilisé car l’idée de la messe n’est pas dans la culture des personnes étudiées. Elles préfèrent les fêtes qui permettent de se rassembler et de communier dans la joie et la musique et les danses.
Ainsi le profil socio-cuturel, qui est homogène pour tous les villages, est celui d’un modèle traditionnel, au sens de l’économie de développement, avec une nette dichotomie concernant la connaissance entre les jeunes générations et les générations plus âgées. Ce modèle est important à exposer car il va nous permettre par la suite de chercher les réponses et solutions les plus adaptées pou permettre le développement de tous sans trop grandes tensions sociales.
B- Les besoins exprimés.
Parler de l’électricité avec des personnes qui ne l’ont jamais eu est plus ardu qu’il n’y parait. Dans leur inconscient collectif ou individuel les villageois savent que l’électricité est un signe incontestable de développement, une entrée dans la modernité et une valorisation sociale pour les membres d’un village qui possède l’énergie électrique. De plus la société de consommation est entrée dans ces villages, même si ce n’est que de manière modérée, et tous savent que la plupart des biens de consommation qui les font rêver, ne fonctionnent qu’à l’énergie électrique (télévision, magnétoscope, réfrigérateur, chaine-hifi, console de jeux vidéo, ordinateur etc.). Mais, quand concrètement on leur demande ce que l’électricité leur apportera d’utile, beaucoup ne savent que répondre. Voici les quelques réponses que j’ai pu récolter (je n’ai retenu que les besoins réalistes) sur leurs besoins surtout auprès des chefs de villages :
- Tout d’abord il s’agit de chauffer les salles de classe surtout pendant l’hiver. Il est vrai que dans toute les écoles visitées aucune ne possédait un poêle ou un quelconque moyen de chauffage.:
- Ensuite l’électrification du village doit servir à l’éclairage public, c’est-à-dire celui de l’école, celui de la maison de l’instituteur et un ou deux points lumineux dans le village. Les conséquences de l’éclairage sont importantes :
- Les enfants pourraient recevoir des cours après 17 heures le soir et faire leurs devoirs, chose impossible en l’état actuel des choses quand la nuit tombe.
- Les adultes eux-mêmes pourraient recevoir une formation dans la salle de classe une fois les élèves partis.
- Enfin l’éclairage public permettrait de se sentir plus en sécurité surtout face aux animaux sauvages et aux chiens sauvages.
- Economiquement parlant, l’éclairage permettrait de rallonger le temps d’activité des villageois (pour la lecture, le travail à domicile, etc.), les tiendas (petites boutiques généralistes) pourraient rester plus longtemps ouvertes et les hommes pourraient se réunir dans une salle le soir pour se retrouver entre eux pour discuter et négocier.
C- Les attentes non-exprimées.
Pour cette partie je souhaite tout d’abord remercier Monsieur Jesus BARDIO, responsable technique de SOLELEC Bolivia, filiale spécialisée dans l’énergie solaire du groupe français TOTAL-FINA-ELF, pour m’avoir éclairer de façon si pertinente sur les motivations profondes qui peuvent animer certains villageois quant à recevoir l’énergie électrique.
En effet les besoins recensés exprimés sont généralement unanimes, et j’avais été quelque peu étonné de l’empressement des villageois à donner les mêmes réponses orientées pour la plupart vers le bien-être de leurs enfants. Jesus Bardio m’a cependant mis en garde de par son expérience (il travaille beaucoup pour et avec des associations humanitaires) sur les détournements de l’objet de l’électrification. Comme je l’ai dit, électricité rime avec modernité et société de consommation. Pour beaucoup se prévaloir d’habiter un village qui possède l’énergie électrique est valorisant, ce qui est naturel, mais ce qui l’est moins c’est que les sources d’énergie peuvent rapidement être détournées pour ne profiter qu’à une minorité. Par exemple selon Monsieur BARDIO, une salle de classe qui avait été reliée au réseau électrique s’est transformée en discothèque payante. Un autre exemple concerne le branchement sur le secteur électrique de télévisions et magnétoscopes par les jeunes pour regarder des films d’action américains. Enfin dans les cas les plus graves il s’agit tout simplement de détournement de l’énergie électrique au profit de la famille du village la plus puissante socialement, qui électrifie sa résidence gratuitement en prétextant que l’électricité sert au village tout entier, ou encore le démantèlement des installations pour les revendre. D’après Monsieur Bardio ces abus sont assez fréquents et légitiment donc un suivi par l’association humanitaire des actions qu’elle entreprend. Il faut donc garder à l’esprit quand on monte un projet de prévoir des mesures pour éviter, dans la mesure du possible, ces détournements d’objet et de but.
Conclusion.
Sans tomber dans un ethnocentrisme basique, il faut garder à l’esprit qu’au vu du profil socio-économico-culturel moyen, amener une technique nouvelle doit se faire avec quelques précautions pour ne pas bouleverser l’organisation sociale de ces villages et garantir le bien-être de la collectivité. Beaucoup de villageois ne voient pas vraiment encore (et ce même si le discours officiel et l’attente des organisations humanitaires leurs font dire le contraire) ce que l’école peut apporter à leurs enfants, pensant que ces derniers feront le même travail plus tard qu’eux le font aujourd’hui sans être allé à l’école. Pour beaucoup l’important est de subvenir aux besoins immédiats d’une famille, même si chez les jeunes générations on peut estimer que la vision des choses et de l’avenir changent et que l’importance de l’école, du savoir et de la culture est totalement comprise.
Ainsi ma dernière partie va tenter de dégager une technique d’électrification qui puisse s’adapter aux contraintes du milieu étudié, en permettant d’être réaliste financièrement, de pouvoir être appropriée par la communauté (entretien et réparations) dans son ensemble et in fine qui puisse profiter au développement des villages dans leur ensemble.

PARTIE III : MISE EN ŒUVRE DES SOLUTIONS ADAPTEES.
Introduction.
Il faut rappeler, pour la suite de notre étude, le contexte et l’organisation de prise de décision en Bolivie. Les décisions d’investissement de l’Etat se veulent décentralisées et prises par les autorités locales.
Le processus de décentralisation a démarré en juin 1994. La décision du gouvernement d'avancer dans cette voie a été prise pour répondre à une pression sociale de la part des communautés portant sur une plus grande reconnaissance et participation. En conséquence, l'objectif principal affiché par la politique de décentralisation a été de répondre aux demandes de reconnaissance culturelle de la part des différentes composantes ethniques de la nation bolivienne. Poussée également par des recommandations des organisations internationales, la loi de décentralisation a pu ainsi être votée en juin 1994.
Dans le cadre de cette loi, les Départements et Provinces ont reçu des nouvelles responsabilités en matière d'exécution et financement, alors que les municipalités et communes recevaient des pouvoirs de décision inédits jusqu'alors. Plus important encore, contrairement à ce qui s'est passé dans d'autres pays, le gouvernement bolivien a pris soin de mettre à la disposition des nouvelles collectivités décentralisées des ressources budgétaires suffisantes pour leur permettre d'accomplir les nouvelles fonctions qui leur reviennent dans le contexte de la décentralisation. Ainsi, les réformes de 1994 ont multiplié par deux la part des ressources fiscales allant aux municipalités.
La priorité a été donnée d'une manière claire et décisive au niveau local de gouvernement (communes, municipalités et, dans une moindre mesure, organisations de la société civile), lequel dispose d'une très forte autonomie en ce qui concerne l'utilisation des ressources imparties. Le niveau intermédiaire ne jouit pas de la même autonomie en l'utilisation de ces ressources. Dans tous les cas, la tutelle sur les entités décentralisées incombe au Ministère de développement humain et au Secrétariat National de Participation Populaire. La décentralisation en Bolivie a permis de passer d'une offre très centralisée de services publics à une autre forme d'approvisionnement plus décentralisée, dans la mesure où les municipalités ont reçu la responsabilité en matière d'infrastructures locales sous la vigilance de comités de base et autres formes d'organisation de la société civile.
Les procédures de concertation et de coordination en matière d'équipements et infrastructures ruraux consistent en une prise de décisions au niveau national, un financement local, et un contrôle, suivi et évaluation sous la responsabilité des Départements.
La configuration du rôle des divers acteurs dans l'offre des différents services est relativement équilibrée: les ONG jouent un rôle important dans les tâches de formation, les organisations de producteurs en irrigation, le secteur privé dans l'offre d'inputs. Toutefois on observe une forte présence de l'Etat dans l'offre de services de vulgarisation, recherche et crédit agricole.
Un certain nombre d'observateurs considèrent que la principale contrainte du processus de décentralisation consiste, d'une part, en l'absence de coordination entre les différents niveaux de gouvernement et, d'autre part, en la faiblesse du niveau intermédiaire (les Départements).
A- Choix de la technique d’électrification convenant le mieux au milieu étudié.
Les différentes techniques d’électrification réalistes au niveau d’une communauté de villages sont les suivantes :
- Le raccordement au réseau électrique national bolivien via le plan indicatif quinquennal et le plan référentiel de développement des infrastructures en milieu rural. Les crédits sont alloués au niveau national (Ministère du Développement et Secrétariat Général de l’Electricité) mais les actions sont décidées au niveau départemental et local. La carte électrique est divisée en grandes régions et le groupe de villages que nous étudions dépend de la région de La PAZ. Cette première solution, qui n’est ni plus ni moins que d’attendre d’être relié au réseau, s’avère dans les faits potentiellement très longue dans la mesure où les autorités ont fait comme priorité d’électrifier en premier lieu les milieux urbains et les centres offrant un potentiel industriel. De plus l’électricité est gérée par des concessionnaires privés (et souvent étrangers) au niveau du transport et de la distribution, qui pourraient être rebutés par le coût du transport induit par la géographie montagneuse de ces villages. On peut donc sans être pessimiste estimer que cette solution n’est pas réaliste à court terme.
- La deuxième solution concerne l’énergie hydraulique : Outre le fait que cette solution requière un bassin de rétention suffisamment grand pour fournir de manière régulière la force hydraulique, elle demande tout de même un investissement financier et technique important. Or dans le cas des villages étudiés, j’ai eu la confirmation qu’il n’existait pas de chute d’eau ou de bassin suffisant qui puisse faire fonctionner une turbine hydro-électrique. Cette solution est donc à écarter provisoirement.
- Enfin il reste la solution des énergies dites naturelles (énergie solaire, biomasse, énergie éolienne). Parmi ces dernière l’énergie solaire offre le meilleur rapport qualité-prix même si il est vrai que sa puissance ne permet pas d’électrifier un village entier pour un coût raisonnable. Ajoutons que sur l’Altiplano les panneaux solaires sont en moyenne trois fois plus efficaces qu’en plaine, ceci étant dû à l’ensoleillement moyen par année exceptionnel et à la disparition de la couche d’ozone sur cette partie du monde qui permet aux cellules photovoltaïques de travailler à plein régime.
C’est donc l’électricité solaire qui retient mon attention, et ceci aussi pour des raisons supplémentaires : Tout d’abord le coût de l’installation est relativement modique par rapport aux autres solutions. Ensuite au niveau technique, les réparations et l’entretien ne nécessitent pas une formation d’ingénieur en électricité, et donc des membres du village peuvent recevoir une formation technique de base pour permettre l’entretien de l’installation, pour diagnostiquer les pannes et éventuellement faire les petites réparations. Enfin, et il me semble que dans notre projet cela est une qualité, l’installation solaire ne peut avoir d’autre objet que celui pour lequel elle a été réalisée : Cela veut dire que si l’installation sert à électrifier des lampes, on ne pourra pas brancher sur le secteur des appareils hi-fi sous peine de détruire le système dans son entier (batteries et régulateur). Si cela est bien expliqué et bien compris on peut espérer qu’il y aura peu de détournement d’objet de l’électricité à des fins personnelles.
Ainsi il me semble que l’énergie solaire doit être privilégiée dans cette étude, en sachant qu’elle ne pourra fournir qu’une alimentation limitée c’est-à-dire l’éclairage d’une salle de classe pendant 3 ou 4 heures chaque jour et l’éclairage d’une maison (Celle de l’instituteur par exemple). Mais il me semble qu’un micro-projet doit être avant tout réalisable même si bien sûr il est loin d’être parfait.
B- Choix de l’intervenant local pour la mise en place du projet.
Un fois la technique arrêtée il s’agissait de trouver un intervenant local susceptible de mener à bien ce projet dans les meilleures conditions. Le Poste d’Expansion Economique en Bolivie (PEE) m’a donné une liste de sociétés spécialisées dans l’installation d’équipements fournissant l’énergie solaire. Avant d’arrêter mon choix, je souhaitais m’adresser à une société relativement connue en Bolivie, non seulement pour éviter les mauvaises surprises dues à mon manque de connaissances techniques en la matière, mais aussi, je gardais à l’esprit que travailler avec une société possédant une certaine notoriété était un avantage pour faciliter le financement du projet. Ainsi j’ai opté pour la société SOLELEC Bolivia, filiale du groupe TOTAL-ELF. Cette filiation peut permettre à l’avenir de faciliter des financements extérieurs pour l’association WARITA en s’appuyant sur le renom d’un grand groupe français. De plus cette société m’a présenté des arguments déterminants pour arrêter mon choix. Outre le fait que cette société a l’habitude de travailler avec les associations humanitaires pour l’électrification des zones rurales, et donc a une grande connaissance des écueils à éviter pour garantir la réussite d’un projet, elle propose pendant l’installation des équipements de former gratuitement un ou deux villageois (généralement des jeunes réceptifs à la technique) en concertation avec les autorités locales et l’association humanitaire, pour permettre à la communauté une certaine autonomie technique une fois l’installation réalisée.
Concernant le prix, les prix de SOLELEC sont jusqu’à trois fois plus chers que celui d’autres entreprises visitées. Le responsable de SOLELEC m’a donné l’explication suivante : Bon nombre d’installations solaires sont financées par des associations humanitaires et des ONG. Une fois l’organisation partie, les villageois démontent les installations pour les revendre à des entreprises locales à des prix défiant toute concurrence. Ces dernières entreprises peuvent alors proposer des équipements à des prix extrêmement bas. SOLELEC s’approvisionne directement auprès de TOTAL énergie et fait venir les équipements de France. En contrepartie du coût élevé, SOLELEC est un des rares à s’engager pendant 3 ans à réparer et à remettre en état toute détérioration résultant d’un quelconque vice caché. Enfin il faut ajouter que pour un européen il est plus rassurant de travailler avec des prix affichés (voir tableau en annexe), qu’uniquement par une négociation orale en espagnol.
Pour avoir une idée du coût d’une installation solaire par village, on peut estimer l’installation à 1 500 $ (voir en annexe la fourchette indicative de prix), mais il faut rajouter le coût du transport, celui de la main-d’œuvre (comptabilisé en heures de présence sur place) et éventuellement celui de la location de porteurs pour acheminer le matériel dans des villages où le camion ne peut pas aller. Dans tous les cas le coût ne devrait pas être supérieur à 2 000 $ par village.
C- Les financements adaptés.
Généralement quand il s’agit d’un projet, la pierre d’achoppement concerne le financement. Dans mon cas, les multiples entretiens que j’ai eu avec des interlocuteurs dans l’administration en France et en Bolivie et avec les professionnels eux-mêmes, n’ont fait que confirmer le besoin vital d’impliquer dans le projet les populations aidées. Cette implication peut prendre 2 formes : La première étant l’information, la communication et la formation que prend en charge l’association. De même c’est l’association ou l’ONG qui doit susciter le désir pour ces communautés de se prendre réellement en main par leurs propres moyens sans attendre une aide extérieure associative ou gouvernementale. Le deuxième moyen d’impliquer fortement les communautés est de leur faire prendre en charge financièrement la plus grande partie du coût du projet. En effet le sacrifice financier consenti donnera une forte crédibilité au désir d’implication des villageois et leur permettra de s’approprier la technique et les équipements, d’en prendre soin car les villageois sauront la valeur qu’ils représentent, et donc de garantir un développement soutenable (desarollo sostenible) pour le long terme.
Or comment les faire financer le projet d’électrification sachant qu’ils n’ont pas d’argent ? La solution de l’endettement auprès des banques est irréalisable, non seulement parce que les banques ne prêtent qu’aux urbains pouvant justifier de revenus réguliers, mais aussi parce que les taux des prêts tournent souvent autour de 40 à 50 % par an (pour un taux d’inflation inférieur à 10 % par an). Il y a la solution des prêteurs sur gages et autres usuriers (organismes spécialisés dans le crédit) mais les taux sont, pour nous européens, exhorbitants. En règle générale le crédit coûte entre 5 et 10 % par mois c’est à dire entre 60 et 120 % par an, mais il faut savoir que les taux peuvent monter plus haut.
Enfin il y a la solution du micro-crédit qui me semble être la plus adaptée à notre cas (Voir annexe explicative sur le micro-crédit).
Qu’est-ce que le micro-crédit ?
La Bolivie (cf. annexe sur le secteur financier en Bolivie) n’a pas un secteur bancaire puissant qui puisse jouer un rôle traditionnel de financement de l’investissement. Le gouvernement s’est donc appuyé sur des structures de financement de micro-projets, structures fondées très souvent par des ONG sur le modèle de la GRAMEEN BANK au Bangladesh et sur le modèle du Forum de la Travailleuse en Inde. En Bolivie ces structures sont très actives dans le milieu rural délaissé par les banques (en effet en Bolivie 95 % des entreprises n’ont pas accès au crédit bancaire), à tel point que certaines ONG comme PRODEM (Fundacion para la Promocion y el Desarollo de la Micro empresa) fondée par Jack Duncan (Président aussi d’Action Internationale) deviennent par la suite des banques parmi les plus puissantes (PRODEM est devenu BANCO SOL).
La philosophie du micro-crédit est relativement simple. On considère que les milieux ruraux ont leur rôle à jouer dans le développement du pays. Le paysan n’est plus considéré comme un bénéficiaire de subvention ou d’aide humanitaire mais comme une personne responsable qui veut développer son outil de travail. Le micro-crédit réunit un groupe homogène de personnes ayant les mêmes aspirations et les mêmes buts en tant que cautions solidaires. Dans ce groupe un coordinateur est nommé qui rendra des comptes à l’organisme de micro-crédit et qui travaillera en étroite collaboration avec les spécialistes en développement de l’organisme (ONG).Le groupe financé bénéficie donc, en plus d’un crédit financier à des taux tournant autour de 20 à 30% par an, d’un suivi et d’une assistance technique et financière. On s’est rendu compte que le taux de défaillance était inférieur à 2 % car l’implication de tous était déterminante dans la réussite des projets.
Les organismes de micro-crédit gardent aussi à l’esprit qu’ils travaillent avec des êtres humains dont les spécificités locales et culturelles sont très fortes et donc gardent une ouverture d’esprit et une faculté d’adaptation intacte pour permettre à la communauté de se développer sans heurts.
Ainsi il me paraît intéressant que les villageois forment un groupe de cautions solidaires, orienté vers le but de développer leur village par l’électrification des écoles et puissent bénéficier en plus du soutien de WARITA du soutien d’un organisme financier spécialisé dans le développement rural. Qui plus est cela permettra le début de l’intégration de ces villages dans le processus financier et économique de la vie moderne.
Conclusion.
Cette technique d’électrification, alliée à ce nouveau mode de financement répond tout à fait à une optique d’aide et non pas d’assistance. Bien sûr WARITA peut financer une petite partie du coût du projet (en faisant appel aux dons et au mécénat des entreprises) mais il faut rappeler que les villageois doivent financer la plus grande partie du projet eux-mêmes, pour pouvoir psychologiquement être en mesure de considérer ce projet comme le leur, comme le fruit de leur travail et de leur volonté à développer leur village.

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CONCLUSION GENERALE
« A la jeunesse de ce pays qui fera la Bolivie du vingt-et-unième siècle, moderne et respectueuse de son riche passé. »
Jean Catinus
Ce séjour de plusieurs mois en Bolivie, dont 3 semaines dans les villages où se déroulait mon étude de faisabilité, a été une magnifique expérience personnelle. Elle renforce mon désir de ne pas mettre de côté dans ma vie professionnelle, l’esprit d’entraide et la motivation à aller vers les autres qui m’ont animé pendant ces mois. Ce voyage m’a fait découvrir un pays vierge, resté par maints aspects à l’écart de la marche du temps, où l’esprit d’aventure côtoie l’esprit entrepreneurial. Je me souviendrai très longtemps de ces fortes personnalités rencontrées, de ces rituels oubliés, de ces paysages originels.
Encore une fois, tous, sans exception, soyez remerciés.

BIBLIOGRAPHIE
Livres et ouvrages :
Ley de Electricidad y sus 3 decretos reglamentarios –2001- (éd. UPS)
La route de l’argent, d’Acarette (éd.UTZ)
La Bolivie, Jean Catinus (éd. Les guides Peuples du monde)
Leyendas de Bolivia, Antonio Paredes-Candia (La Paz)
Payer un juste prix aux cultivatrices de quinoa, Sophie Charlier, Isabel Yépez de Castillo et Elizabeth Andia (éd. Luc Pire)
Journaux et articles.
L’Amérique Latine in Le Monde Diplomatique – cahier documentaire-
El Deber
La Prensa
Sites internet.
www.bolivia.com
http://www.ambafrance-bo.org/
www.bolivianet.com
www.attali.com et www.planetfinance.org
www.lostiempos.com
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